jeudi 12 novembre 2015

Le parc national de Sajama

Le parc Sajama est un très joli parc national situé au sud-est de La Paz, le long de la frontière chilienne, sur l'altiplano à 4200 mètres d'altitude.

Pour rejoindre ce parc nous avons fait quelques heures de bus puis avons changé pour prendre un minibus dont la moitié des passagers étaient... français! Dans toutes les montagnes d'Amérique du Sud, si l'on rencontre des étrangers, il y a 80% de chance que ce soit des jambons-beurre! Nous avons donc sympathisé avec Julien et Marie, un couple de Rhône-Alpins, Jeanne une franco-québécoise qui a voyagé 6 mois par an pendant 30 ans, et Pierre et Julia un couple franco-espagnol. Et alors, on fait comment pour progresser en espagnol nous ? 

À l'intérieur du parc, le village de Sajama constitue le point de chute principal et l'ambiance est... calme, très calme ! Un pâté de maisons grillé par le soleil, battu par les vents en fin d'après-midi et où l'on se gèle le soir, posé au milieu d'un vaste plateau semi-désertique peuplé de lamas et encadré par des volcans, dont le Sajama, point culminant de la Bolivie. Calme et superbe !

L'église du village et le volcan Sajama en toile de fond


Malgré un accueil assez désagréable, nous avons pris une chambre dans une auberge très basique, le choix étant apparemment limité. Les propriétaires avaient autre chose à faire que de nettoyer ou changer les draps et nous allions bientôt comprendre pourquoi.
Pour manger, une boutique proposait un repas basique le soir, soupe-plat, et des sandwichs aux oeufs pour le petit déjeuner et le midi... la gastronomie bolivienne !
Notre réserve d'énergie s'étant un peu épuisée ces derniers temps, nous avons décidé de ne faire que des balades tranquilles vers deux des principaux points d'intérêt du parc, une zone où l'on trouve des geysers et... des bains thermaux, par lesquels nous avons commencé ! 


Nous sommes donc partis à travers la steppe pour rejoindre un des endroits où se trouvent des bains chauds, et où un camp de yourtes était en train d'être construit, mais nous n'avions pas bien compris pourquoi. Après une heure et demie de marche, et moult photos de lamas qui ne veulent jamais se tourner du bon côté, nous arrivons au camp de yourtes et sommes chaleureusement accueuillis par une bolivienne qui nous emmène jusqu'aux bains. Là, un gros français qui barbotait nous interpelle de façon agressive "c'est privé ici, vous n'avez pas le droit de vous baigner ici "... Comme nous avons payé le droit d'entrée à la dame bolivienne, nous ne voyons pas le problème et avons bien l'intention de profiter d'un bon bain chaud, du coup tout le monde y a droit "de toute façon celle-là (il parle de la bolivienne) vendrait sa mère pour 2 euros", et pour nous "si jamais il y a un vol, vous serez tenus pour responsables"... Habituellement les touristes français croisés sont sympas et les Boliviens pas trop, ça nous change ! Furieux, il sort de l'eau et du coup nous sommes bien tranquilles dans notre bain chaud, ça change des douches électriques ! Une autre française, plus sympa mais un peu hautaine, vient faire trempette peu après et nous explique tout. Les yourtes, incongrues ici, sont montées parce qu'un richissime touriste veut faire une traversée de la Bolivie en 7 jours. Mais attention, pas comme tous les gueux que nous sommes, c'est un voyage "absooolument unique" pour des gens "absooolument uniques". Une agence de voyage suisse organise ça et s'occupe donc de privatiser des sites "absooolument uniques" et d'y monter des camps, qui servent une nuit. 200 personnes travaillent pour organiser ce voyage, dont une journaliste, celle qui nous explique tout ça, et un photographe professionnel pour documenter le montage. C'est pour cela que les deux tiers du village sont mobilisés pour finir le camp, composé de 10 yourtes avec douches et tout le confort, télévision par satellite (7 jours sans télé dans des paysages grandioses, t'imagines pas !), un bar en plein air, etc. Pour transporter tout ce petit monde, une armée de 4x4 et... un hélicoptère qui fait sensation dans le village.
Histoire de préparer nos prochains voyages si nous gagnons au loto, nous avons demandé le nom de l'agence à la journaliste qui nous a répondu mi-amusée, mi-dédaigneuse "faudrait vraiment beaucoup gagner au loto... " De toute façon, loto ou pas, ce genre d'ambiance nous rebute. Finalement la journaliste repartie, nous avons fini de barboter tranquillement, sur fond d'engueulades du Français envers les Boliviens qui montaient le camp.


Le Sajama, point culminant de la Bolivie, 6542m

Les volcans Parinacota et Pomerape


Faut changer un peu des lamas!

Ah, enfin un bon bain!


Après le bain chaud, le bain de poussière !

Le lendemain, nous sommes allés voir les geysers. Deux heures de marche dans la steppe pour atteindre un joli fond de vallée où une quinzaine de vasques bouillonnaient plus ou moins. Rien de très impressionnant par rapport à ce que nous avions vu à Yellowstone, par contre il n'y avait personne et grâce à ça le site était beaucoup plus agréable. Et comme au milieu coule une rivière, dont les eaux froides se mélangent à celles brûlantes sorties des marmites, il était encore possible de se faire un bon bain chaud à remous ! Et le soir, nous avons mangé une bonne... euh non pas trop, soupe de semoule et son assiette de pâtes aux oignons. 



Et où sont les sachets de thé?



dimanche 8 novembre 2015

Et là, Paz ton chemin

Le Pérou c'est fini ! Nous voilà donc à la frontière bolivienne, passage facile avec des douaniers sobres et efficaces. Notre première nuit en Bolivie se passe encore sur les rives du lac Titicaca, à Copacabana... non, non, n'imaginez pas de cocotiers et de belles brésiliennes en bikini, on reste dans les nuits froides et magnifiquement étoilées, les boliviennes en poncho et les lamas. La ville de Copacabana, bien que très touristique, est tout de même assez jolie et nous avons pu assister à une tradition étrange, les baptêmes de voitures. Nous restons persuadés que l'amélioration de la conduite serait plus efficace, mais la religion est une réponse tellement plus facile...      

Nuit étoilée
La cathédrale aux influences mauresques
Baptême de minibus...
A 7h30, Nicolas se mange un bon Pejerrey, un poisson du lac, sur le marché.

Le trajet jusqu'à La Paz nous a réservé une petite attraction, la traversée d'un détroit en bateau. Tout le monde descend du bus pour monter dans un petit rafiot qui nous ballotte pendant 15 minutes jusqu'à l'autre rive. Le vent s'étant levé, ça secouait un peu et il y a quelques mamies boliviennes qui n'en menaient pas large. Fort heureusement, nous ne craignions rien, la quasi intégralité de la marine bolivienne, cantonnée au lac depuis la perte de l'accès à la mer au XIXème siècle, veillait ! Le bus a traversé sur une barquette et, après avoir dérivé un peu, a fini par arriver à bon port. 2 heures plus tard nous arrivions dans la superbe ville de La Paz... enfin superbe, de loin et dans la nuit..


Un bus à la dérive
La Paz et la cordillère royale en arrière-plan

La Paz occupe une vallée et la cordillère royale dessine un superbe arrière plan, mais la ville en elle-même est chaotique, polluée et les rares bâtiments anciens avec une architecture plus sympa sont souvent en très mauvais état. Pour rajouter au charme, la ville est dominée par un plateau sur lequel a poussé El Alto, une immense ville nouvelle très moche ou sont venus s'entasser les plus pauvres, qui ont quitté les campagnes. On peut d'ailleurs aller se promener dans le grand marché, où tout se vend et s'achète, majoritairement des produits chinois d'excellente qualité naturellement, et de la nourriture que l'on retrouve sur tous les marchés, intérêt limité.

Les guides touristiques se sentant obligés d'en faire des tonnes, parce que c'est quand même la capitale, ils vantent aussi un "incroyable" marché aux sorcières, où tout un tas de gris gris se vendraient dans une ambiance exotique. Ça se limite en fait à quelques échoppes où l'on peut notamment trouver des foetus de lamas, et des touristes autour.
Et la gastronomie bolivienne alors ? La plupart des voyageurs rencontrés nous avait prévenu: en Bolivie, on mange parce qu'il faut bien vivre ! La capitale de ce pays, très fier de ne plus avoir de McDonald's sur son territoire, offre ainsi une très grande variété de fast-foods, dont Burger King, qui a repris les McDo, Subway et tout un tas d'enseignes boliviennes vendant des nuggets de poulet et des frites...  A noter toutefois que la majorité de la cuisine bolivienne n'est pas constituée par du fastfood, mais ce n'est pas meilleur pour autant! Les prix pratiqués étant par ailleurs assez prohibitifs, pour manger des saloperies, nous avons atterri chez un espagnol, originaire de Séville, qui nous a fait un bon repas pas cher et a même mis du flamenco, pour le plus grand plaisir de Nicolas ! Nous n'avons toujours pas compris comment on peut préférer La Paz à Séville, mais ça prouve encore une fois que tous les goûts sont dans la nature ! En discutant, nous avons appris que, du fait du blanchiment de l'argent de la drogue, l'immobilier et les loyers sont hors de prix, résultat une grande partie de la population vit à crédit et des usuriers font fortune en prêtant à des taux très élevés. De quoi nous donner encore plus envie de nous installer dans la ville, bref vous l'avez compris, La Paz ne nous a pas emballé !


La calle Jaen, seule ruelle historique totalement rénovée



La basilique San Francisco, le patrimoine de La Paz



Entre La Paz et le lac Titicaca, se trouve néanmoins un site archéologique qui semblait valoir le détour, Tiwanaku, construit par une civilisation qui serait apparue vers 600 avant JC et a disparu aux alentours de 1200 après JC. Nous voilà donc partis, avec un groupe et une guide parce qu'on nous avait recommandé de ne pas le faire seul, l'intérêt étant limité sans explications. Arrivés sur le site, la guide nous entraîne dans une visite du musée, construit en 2002 et dont le toit menace de s'effondrer, qui pourrait entrer dans le livre des records comme la visite guidée bilingue (espagnol - anglais tricotés) la plus rapide du monde. Nous n'avons donc quasiment rien appris et avons à peine eu le temps de jeter un coup d'oeil à de belles et imposantes statues monolithiques. Là-dessus, nous avons enchaîné, en vitesse lumière, sur la visite du site archéologique. Trois temples et deux explications plus tard, la guide avait faim et il fallait manger! Pour en apprendre un peu plus sur Tiwanaku et la civilisation qui l'avait construit, nous sommes donc allés lire des articles sur internet et si ça vous intéresse... faites de même !

Sur la route, l'altiplano et la cordillère royale en toile de fond


Les bâtisseurs de Tiwanaku étaient de formidables macons, comme les Incas... que de savoirs-faire perdus lors de la conquête espagnole! 

Cette croix permettait des observations astronomiques, chacun des 12 angles saillants étant aligné avec la position du soleil ou d'astres certains mois

La porte du soleil formant normalement un alignement avec l'entrée du temple et le soleil lors de l'équinoxe de printemps, déplacée et abîmée par les Espagnols, on peut encore y voir une représentation du dieu Viracocha, également vénéré par les Incas par la suite

Un des fameux monolithes trouvés sur le site, les plus beaux sont dans le musée et ne peuvent pas être photographiés



jeudi 29 octobre 2015

Pas de blague Titicaca !

L'agitation de Cusco nous a donné une envie de calme. Pour ce qui est du luxe et de la volupté, nous verrons plus tard... La péninsule de Capachica, qui se situe au nord ouest du lac Titicaca, semble être l'endroit idéal. 

Et ceci sans compter l'importance que revêt le lac aux yeux des peuples andins. Selon la croyance andine, le lac Titicaca serait en effet le lieu de naissance du premier Inca, Manco Cápac, qui aurait été extrait de ses eaux par Inti, le dieu du Soleil. Dans un autre mythe, Inti, en se mettant à pleurer de façon abondante, aurait inondé la vallée et ainsi créé le lac Titicaca.

Après une nouvelle nuit passée dans le bus, nous avons débarqué à Puno, la plus grande ville péruvienne bordant le lac. La ville étant totalement dépourvue de charme, nous avons pris dans la foulée un combi en direction de la péninsule. Deux bonnes heures de route plus tard, nous arrivons au tout petit village de Llachón, une véritable promesse de tranquilité. Nous avons posé nos valises chez Valentin Quispe, qui accueille des touristes depuis plus de quinze ans, c'est un peu la légende locale. Son auberge est spartiate mais l'atmosphère y est douce et agréable. Nous avons très vite adopté le rythme lent de la péninsule...

La vue depuis notre chambre
Stéphanie a eu un coup de coeur pour le chapeau des habitantes de la péninsule

Après une sieste, le premier jour fut consacré à une promenade sur le rivage du lac Titicaca.



Le deuxième jour débuta par la montée du cerro Carus qui offre une très belle vue à la fois sur le lac, les îles Amantani et Taquile et au loin la Cordillère Royale, située en Bolivie. Ici, les rites animistes sont très présents et les messes catholiques très rares. Chaque deuxième jeudi de févirier, les villageois se retrouvent au sommet de cette colline pour une cérémonie rituelle d'offrande à la déesse Terre appelée Pachamama.

Plus tard, cette journée se prolongea naturellement par une sieste...

L'ìle Amantani
L'ìle Taquile

Enfin, le troisième et dernier jour, nous sommes allés avec une petite barque de pêcheur jusqu'à une île flottante, l'île Uros Titino. Les îles flottantes, également appelées les îles Uros, constituent la principale attraction touristique de Puno. Cherchant à se défendre du peuple Aymara il y a des siècles, la petite tribu des Uros se mit à construire ces îles étonnantes. Ces îles sont fabriquées à partir de couches de roseaux qui poussent dans le lac ; les couches sont complétées en surface au fur et à mesure que les couches inférieures pourrissent. Le sol est alors souple et donne un peu l'effet d'être sur un trampoline. Le métissage avec les Aymaras a depuis entraîné la disparition des Uros et de leur langue. Ce sont désormais les Aymaras qui occupent ces îles. Ils perpétuent la tradition sur la quarantaine d'îles installées à quelques kilomètres de Puno, attirant ainsi des milliers de touristes. Ces insulaires, qui se sont peu à peu enrichis avec le tourisme, vivent désormais sur la terre ferme et reviennent seulement sur leur île afin d'assurer le show pour les touristes. L'île Titino fait partie des exceptions. Plus éloignée de Puno, elle accueille peu de touristes et ses habitants, moins chanceux, n'ont alors d'autre choix que d'y vivre...

Seuls visiteurs, nous avons été accueillis par une des familles de l'île (une trentaine de personnes y habitent et chaque famille accueille à tour de rôle les visiteurs). Nos hôtes nous ont ainsi présenté leur mode de vie et l'incroyable procédé de fabrication de leurs îles. Après leur avoir acheté une babiole, leur unique source de revenu avec la pêche, nous voilà repartis sur notre barque dans le sens inverse. Dans une heure, nous reprenons la route pour une nouvelle aventure... la Bolivie!

Nous voguons lentement vers l'île Titino
Illustration du procédé de constuction
Avec leur maison en roseaux, on se croirait en plein conte des Trois Petits Cochons
Notre capitaine de navire et sa petite fille